Longtemps centrée sur les risques physiques, la santé au travail doit aujourd’hui intégrer une réalité beaucoup plus large. Les enjeux majeurs sont désormais les troubles psychiques, le stress chronique et les risques psychosociaux.
Les données présentées par le CESE montrent une progression préoccupante de ces pathologies. En 2023, les dépressions reconnues comme accidents du travail ont augmenté de 22 %, tandis que les troubles anxieux et les situations de stress ont progressé de 36 %. Chaque année, près de 12 000 dossiers de risques psycho-sociaux sont traités par l’Assurance Maladie. Un chiffre qui reste probablement inférieur à la réalité, de nombreux salariés renonçant encore à déclarer leur souffrance.
Les enquêtes dressent le même constat. En 2024, près de 30 % des actifs présenteraient un burn-out modéré à sévère. Un salarié sur trois évoque également un stress chronique, avec des écarts importants selon les secteurs.Le secteur hospitalier apparaît particulièrement exposé, avec près de 45 % des professionnels concernés, contre environ 20 % dans l’industrie.
Au-delà des conséquences humaines, cette dégradation représente également un enjeu économique majeur. Selon les estimations reprises par le CESE, le coût des problèmes de santé au travail atteindrait près de 8 % du PIB français, soit plus du double du coût du chômage. Pourtant, les moyens consacrés à la prévention restent largement insuffisants, notamment pour les services de santé au travail qui peinent à répondre à l’augmentation des besoins.
D’autres risques, plus récents, prennent de l’ampleur. C’est notamment le cas de la fatigue informationnelle. Notifications, visio-conférences, messageries instantanées… L’accumulation des sollicitations finit par provoquer une véritable surcharge cognitive. Le télétravail en est un bon exemple. Apprécié par une grande majorité des salariés, il améliore souvent l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais lorsqu’il devient permanent, ses effets sont plus contrastés : isolement, difficultés à déconnecter et dégradation de la santé mentale apparaissent plus fréquemment.
À ces enjeux s’ajoutent les conséquences du changement climatique. Les épisodes de fortes chaleurs se multiplient et exposent davantage les travailleurs du bâtiment, de l’agriculture ou encore de la logistique. Des mesures simples, comme l’adaptation des horaires, l’accès à l’eau ou l’augmentation des temps de pause, permettraient pourtant de limiter ces risques. L’intelligence artificielle soulève, elle aussi, de nouvelles questions. Surveillance algorithmique, intensification des cadences ou perte progressive de certaines compétences : le CESE estime que ces transformations doivent désormais être intégrées aux politiques de prévention.